Cinq ans. C’est ce que j’ai l’habitude de me dire. Si dans cinq ans, rien de fondamental n’a changé dans ma vie, c’est qu’il sera temps pour moi de devenir la cause du choc psychologique d’un gros routier en provenance du Midwest, de servir d’encas à la faune sous-marine du Salt Lake de ladite City ou bien, sans interaction aucune, de me balancer au bout d’une corde. Au choix.
J’organise ma vie autour de plans quinquennaux dont je suis le seul à pouvoir subir les conséquences de leur inconséquence, leur inachèvement.
Je ne suis pas fou.
Mon âme est un communisme de guerre. Un communisme de guerre endormi dans le calme, le morne, l’Utah.
Je ne suis pas fou.
Cela fait quasiment un quart de siècle que -cinq ans, c’est ce que j’ai l’habitude de me dire- ma vie s’organise selon cette chronologie, cet idéal, au mépris des sectes, religions, dogmes. Cela fait d’ailleurs vingt ans que j’ai perdu ma virginité avant mon mariage -un échec d’une poignée de semaines. Et cela fait quatre ans que je suis exactement le même buveur de café et de soda, fumeur de roulées et de marijuana supportant exactement les mêmes regards perplexes du voisinage à majorité mormon, chaque fois que l’idée me prend de mettre le nez dehors. Quatre ans. Presque cinq, en vérité.
Je me suis laissé endormir. Cinq ans, c’est ce que j’ai l’habitude de me dire. Et il serait peut-être temps de me réveiller.

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