Je ne pourrais même pas appeler constat le fait de dire que je m’ennuie. Cette sensation est tellement ancrée dans mon quotidien que ça en est devenu une sorte de fatalité contre laquelle je suis impuissant. Attention, pas l’ennui de la routine, de la stabilité et des formalités. Non, je parle bien de l’ennui du néant, du vide. Observer le temps qui passe, les secondes qui vous fusillent du regard et vous voilà déjà en train de regretter. Les projets à très court terme deviennent pesants, on ne sait pas quoi foutre et cela donne encore plus envie de ne rien foutre. On appelle çà le cercle vicieux de la glande. Un coup de téléphone devient tout de suite un phénomène d’état et les repas une corvée de plus à effectuer. Chaque fin de journée est un regret et le sommeil semble salutaire, car laisser place à l’inconscient, c’est le seul moment où je ne subis plus ma personne.
Le téléphone sonne alors qu’il est 4h du mat, je dors depuis 19h, l’excuse serait que je teste un nouveau rythme de vie. Je décroche instantanément le combiné alors que je suis encore à demi-endormi.
Le sommeil, quand on n’a pas du sang dans l’alcool, diffère de l’inconscience dés lors que l’on a encore des réflexes.
Je marmonne :
- Bordel, qui me fait chier à une heure pareille !
- Ce n’est pas parce que tu n’arrives pas à voir les oiseaux dans la nuit qu’eux ne te voient pas.
Déjà, ce mec me réveille dans mon petit plaisir nocturne avec sa voix de commentateur de documentaire animalier. Ensuite, il me déblatère une connerie que je n’arriverais même pas à sortir bourré.
- Putain mais t’es qui toi ?
- Dans une semaine, cela fera cinq ans, tu as prévu quelque chose ?
Ce qui devait se finir par un “vas te faire foutre” suivi d’un raccrochage furieux est remplacé par un silence inquiété. Je ne sais quoi répondre.
- Je crois maintenant avoir toute ton attention, Conrad.
Ce mec connait mon prénom. C’est vrai que les annuaires existent mais après coup, je me rappelle que je suis sur liste rouge.
- Qui êtes-vous ?
- Tu me vouvoies maintenant ? As-tu peur Conrad ?
- Putain mais est-ce qu’on se connait ?
- Moi en tout cas, je te connais très bien, et je sais que l’ultimatum approche de la fin. Je te demande donc si tu as quelque projet en tête ?
- Je vois pas de quoi vous parlez, qu’est ce que vous me voulez ?
- Tu le sais très bien Conrad, et je suis là pour m’assurer que tu ne feras pas de connerie. Je te souhaite une bonne fin de nuit et à Vendredi mon cher !
- Hey mais…
Et il me raccroche à la gueule. Je suis l’arroseur arrosé.
Je n’ai quasiment aucune relation dans les environs, personne à qui je pourrais parler de mes petits problèmes existentiels. Personne qui aurait un quelconque intérêt à m’écouter me plaindre de mes échecs. Une chose est sûre : je ne suis plus seul maintenant.
Le truc, c’est que je ne sais pas si c’est une bonne nouvelle.

No comments yet
Flux de commentaires pour cet article