You are currently browsing Gaël's articles.
Comme vous ne vous en doutez pas forcément, ceci ne constitue pas la suite de votre nouvelle favorite mais plutôt une précision à votre attention.
Mon collègue, en la personne de Steeve Rockefeller – lequel doit prendre en charge la suite du récit – étant parti en vacances sur, vous savez, un de ces archipels paradisiaques du Pacifique et ce pour une durée indeterminée, vous vous voyez dans l’obligation de patienter le temps d’une durée qui l’est tout autant avant de pouvoir profiter de la suite tant attendue de Nihilism4War - Du Nihilisme Pour La Guerre pour les plus francophiles d’entre vous. Et si vous trouvez cette phrase trop longue et pas suffisament bien construite, sachez que je m’en tamponne les phalanges avec un grille-pain car moi aussi je suis en vacances. Ca me rend avare d’efforts inutiles, ou bien même d’efforts.
Même si ça n’a rien de sincère, je m’excuse, en mon nom et en celui de mon acolyte, pour la gêne occasionée que j’imagine colossale.
Ca me rend acariâtre, mais ici n’est pas l’endroit pour déblatérer sur mes états d’âme aoûtiens.
En attendant, vous pouvez toujours relire les cinq premiers fragments, lister toutes les figures de style utilisées et, si c’est déjà fait, comparer les constructions syntaxiques des deux auteurs et, si c’est déjà fait, faire quelque chose qui vous rendra utile.
J’ai à peine pris connaissance du macabre document que ma fortuite invitée me l’arrache des mains en posant « qu’est-ce que ça dit ? » comme si elle attendait réellement une réponse de ma part. Au moins, chaque seconde où ses yeux s’affairent à lire la paperasse ne faisant que déclarer ma mort d’ici cinq jours sera autant de temps pour moi pour m’efforcer de retrouver un teint humain et non pas celui du mort-vivant que, finalement, je semble être. Administrativement parlant.
Heureusement, Amelia va m’y aider. Mais je ne le sais pas encore.
Je l’observe plus ou moins furtivement en faisant semblant de farfouiller dans toutes les horloges qui viennent simultanément de passer à 73:44 dans une parfaite symbiose. Il y’en a bien une vingtaine. Elle tient un visage grave en scrutant le document puis passe à une mimique pensive assez surjouée pour finir par retrouver ses traits détendus d’infirmière improvisée qu’elle était il y’a quelques minutes, lorsque les horloges indiquaient encore probablement 73:58 et que je ne me triturais pas encore le cerveau à chercher une signification à cet angoissant bordel.
- On dirait une erreur. C’est écrit « Conrad Markov. » Mais vous, c’est bien Conrad McDowell ? Non ? J’ai vu ça sur la boîte à lettres que vous avez défoncée!, qu’elle me dit en m’adressant un grand sourire de sorte que ses yeux s’en trouve presque fermés.
Je sens alors mon teint passer du pâle-cadavre au rouge-grand-brûlé. Ce n’est pas que je me sente flatté par autant d’attention, mais cette naïve petite merdeuse vient de poser le doigt sur un sujet sensible. Comme si McDowell était le seul nom de famille que j’ai jamais porté – c’est à dire en essayant de paraître un minimum équanime, je répond après un léger gloussement :
- Une erreur oui… euh…tu as sûrement raison. – C’est cela même. Une erreur d’adresse pour un paquet qui n’en a pas. Ta perspicacité à des limites, cocotte. – Je passerai au centre postal dans la journée pour déposer ça…
- Hors de question! Vous êtes blessé et je vous ai retrouvé étalé inconscient presque sur le trottoir! Vous avez juste besoin de repos! Au moins cinq jours! », le tout sur le ton sévère d’une mère et ponctué par un sourire en coin assisté d’un clin d’oeil. « Cinq jours », tu m’as pas dit que t’étais étudiante en médecine ma jolie. « Cinq jours », ce n’est qu’une coïncidence ? « Cinq jours », et pourquoi ce clin d’oeil ?
Reprise du ton équanime :
- Il faut vraiment que j’aille le rendre. Il a l’air du genre important, vu le petit mot assorti…
- Laissez, j’irai pour vous! » Et voilà qu’elle commence à rassembler le contenu du colis, si ce n’est une des horloges que je tiens encore dans ma main.
Et ses mouvements s’accélerent subitement pour ré-emballer le colis aussi proprement que possible puis pour se diriger vers la porte d’entrée – en courant, presque. Je la rattrape aussi vite que ce putain de pied me le permet et la saisi par le bras aussi peu violemment que mon état psychique me le permet à ce moment précis.
- Vraiment, ne te dérange pas pour si peu. L’agence est à à peine 10 minutes d’ici…
- Vous ne pensez pas sérieusement à conduire ?
- Euh… Ma voiture à une boite automatique, mon pied ne me servira que très peu.
- Non.
- Si.
Et blah, blah, blah. Après une scéance prolongée de « – Non – Si, si – J’insiste – Votre santé – Tes études – Laissez – Aucun problème pour moi » de plus en plus tendue, voilà qu’elle donne un coup de semelle sur mon pied bandé comme s’il s’agissait d’une pelle à enfoncer dans une terre sèche et graniteuse. Et voilà, qu’elle se barre en courant et que je me tord de douleur entre deux « p’tite salope, reviens ici ! »
J’ai à peine entamé ma demi-course à cloche pied pour rattraper la petite garce qui fuit – tout à fait à l’opposé de ce qu’elle m’a dit être sa maison – que j’entend un bruit suspect en direction de la mienne. A travers la fenêtre de la salle de bain, j’observe que ladite pièce est très enfumée.
Oh, une flamme.
Oh, voilà qu’une déflagration déflagre de ma cuisine.
Oh, voilà que je me retrouve à nouveau en peignoir dans mon allée après coordination de l’onde de choc et de ma vaine fuite. A la différence près que cette fois, le vêtement est en feu. Je me roule dans tout les sens, les oreilles sifflantes, noirciçant de souffre ma pelouse qui n’est plus à ça près. Je suis dehors, vêtu d’un caleçon et d’un peignoir en lambeaux, et j’entrevois la petite garce grimper à l’arrière d’une voiture qui part directement en trombe au bout de la rue pendant que l’horloge que je serre dans ma main gauche vient de passer à 73:37. Tout rond.
Et tout le voisinage est de sortie, paniqué par tout ce raffut.
Y compris la petite vieille habitant la petite bicoque à la droite de la mienne, d’ailleurs.
Conséquence toute logique, je suis maintenant sur le perron de ma maison, un verre de Cognac à la main fébrile, à scruter sans raisons particulières le pied de ma boîte à lettres. Qu’est-ce que c’est que ce bordel ? Alors que je m’apprête à rentrer dans la cuisine pour aller me resservir un verre, j’aperçois un voisin – celui de droite – qui me scrute. Un mormon. Dehors, à quatre heures et demi. A son regard, quelque chose le dérange. D’accord, je suis sur mon perron, le peignoir défait et un verre d’alcool presque vide à la main. D’accord, je tremble un peu. D’accord, j’ai le regard complètement vide. Mais que fait ce mec, dehors, à quatre heures et demi, à me reluquer comme s’il avait plus à me reprocher que ma simple quasi-nudité ?
Assez peu habilement, je feins de ne pas l’avoir vu et retourne me servir un verre que je vide dans l’instant, et un autre, et caetera. A présent, je suis supposé ne plus avoir peur de personne. En prenant appui contre les cloisons, je retourne dehors afin de contenter mon éthylique curiosité. Le voisin n’est plus là. Soupir. Le quartier est silencieux comme de coutume. Je suis ivre.
Sans raisons particulières, mon regard se pose encore sur ma boîte à lettres. Puis plus précisemment sur son clapet, ouvert. Il ne l’était pas tout à l’heure, j’en suis presque sûr. Je dis « presque », car on ne peut sérieusement être sûr de rien dans l’état sanguin actuel des choses.
Un phénomène d’état. Deux phénomènes d’état. Trois phénomènes d’état en une demi-heure. Et une semaine avant les cinq ans.
Mécaniquement, par soumission à mon corps plus que par réelle volonté, je me dirige vers le clapet de la boîte en m’efforçant de rester aussi droit que possible, anticipant un éventuel retour du voisin. Sans raisons particulières, mon corps heurte la boîte dans un fracas assez remarquable. D’ailleurs, quelques fenêtres s’allument, quelques visages apparaissent derrières les rideaux : quelques bonnes femmes avides de ragots. Etonnamment, la maison du petit chauve tout sec qui était debout il n’y a pas dix minutes reste sombre et silencieuse. Mais ça, c’est ce que j’ai cru aperçevoir avant de m’étaler par terre de tout mon long, me rendant compte seulement après coup que c’est en trébuchant sur un paquet.
Mécaniquement, par soumission à mon corps plus que par réelle volonté, mes yeux se plissent à la vue de ce colis entouré de papier kraft et d’une ficelle, puis se ferment. Je dors – les réflexes en moins – à moitié à poil, à côté d’une boîte à lettres défoncée, un colis d’origine et de but inconnu sous le bras. Dehors, à quelques heures de l’aube.
Cinq ans. C’est ce que j’ai l’habitude de me dire. Si dans cinq ans, rien de fondamental n’a changé dans ma vie, c’est qu’il sera temps pour moi de devenir la cause du choc psychologique d’un gros routier en provenance du Midwest, de servir d’encas à la faune sous-marine du Salt Lake de ladite City ou bien, sans interaction aucune, de me balancer au bout d’une corde. Au choix.
J’organise ma vie autour de plans quinquennaux dont je suis le seul à pouvoir subir les conséquences de leur inconséquence, leur inachèvement.
Je ne suis pas fou.
Mon âme est un communisme de guerre. Un communisme de guerre endormi dans le calme, le morne, l’Utah.
Je ne suis pas fou.
Cela fait quasiment un quart de siècle que -cinq ans, c’est ce que j’ai l’habitude de me dire- ma vie s’organise selon cette chronologie, cet idéal, au mépris des sectes, religions, dogmes. Cela fait d’ailleurs vingt ans que j’ai perdu ma virginité avant mon mariage -un échec d’une poignée de semaines. Et cela fait quatre ans que je suis exactement le même buveur de café et de soda, fumeur de roulées et de marijuana supportant exactement les mêmes regards perplexes du voisinage à majorité mormon, chaque fois que l’idée me prend de mettre le nez dehors. Quatre ans. Presque cinq, en vérité.
Je me suis laissé endormir. Cinq ans, c’est ce que j’ai l’habitude de me dire. Et il serait peut-être temps de me réveiller.
